Par
Louis Turbide

ÉDITORIAL

Tiques d’hiver:

Les orignaux ont besoin d’un coup de pouce

Crédit : MELCCFP

En tant que chasseurs, nous avons toujours mis un point d’honneur à encourager la gestion de la faune de manière responsable. Nous savons que notre rôle va au-delà du simple prélèvement: il s’agit aussi de veiller à la santé des populations animales et à leur pérennité. Nous avons même l’habitude d’être très critique face à nos gestionnaires de la faune que nous trouvons souvent trop permissifs. Aujourd’hui, les tiques hivernales viennent bousculer cette gestion, affectant gravement les orignaux, principalement les jeunes sujets. Et face à cette nouvelle réalité, il est plus que jamais nécessaire de regarder ce que nous pouvons faire pour aider nos populations d’orignaux. 

Les tiques : un fardeau qui tue
Les tiques hivernales sont devenues un fléau majeur pour les orignaux. En hiver, ces parasites peuvent infester un orignal en nombre impressionnant: jusqu’à 10 000 tiques peuvent se fixer sur un seul animal. Leur présence provoque non seulement une perte de sang importante, mais aussi une fatigue extrême, des infections et une déshydratation, ce qui fragilise encore davantage les jeunes. Les veaux orignaux, les plus vulnérables à ces attaques, sont ceux qui en souffrent le plus.

De décembre à mars, période où les tiques sont les plus actives, les veaux, déjà fragilisés par le froid, ont du mal à survivre à cette pression parasitaire. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: près de 40% des veaux orignaux peuvent mourir à cause de l’infestation de tiques, principalement au cours des premiers mois de l’hiver. En comparaison, les orignaux adultes, bien qu’affectés, parviennent généralement à survivre à l’attaque des tiques grâce à une meilleure constitution physique. Ces statistiques révèlent une réalité alarmante: les jeunes orignaux sont les plus affectés, et leur survie est sérieusement compromise en raison de cette menace parasitaire.

À ce jour, il n’existe aucune solution efficace pour limiter l’impact des tiques sur les orignaux, ce qui rend la situation particulièrement préoccupante pour la survie des veaux de cette espèce. Alors on fait quoi? On attend une solution miracle qui n’existe pas ou on change ce qu’on peut contrôler?

La récolte des veaux : un prélèvement discutable
Dans le passé, les études montraient que la récolte des veaux n’avait pas d’incidence sur la population globale d’orignaux, mais aujourd’hui, la situation a changé. Les tiques ont profondément modifié cette dynamique, et chaque prélèvement de veaux devient de plus en plus problématique à mon avis. La pression de la chasse alors qu’ils n’ont que quelques mois, le taux de mortalité normale lors de leur premier hiver jumelées à un élément incontrôlable comme l’effet dévastateur des tiques font que trop peu de sujets atteignent l’âge d’un an.  Il est temps d’agir et le prochain plan de gestion doit tenir compte de ce fléau. 

Protéger les veaux pour augmenter le nombre d’orignaux d’un an après le premier hiver si critique ?
Personnellement je trouve aberrant qu’on permette encore en 2025 le prélèvement des veaux orignaux. Tous les chasseurs rêvent de récolter un mâle à l’appel mais si les jeunes mâles de moins d’un an ne se rendent pas à l’âge adulte à cause des tiques ou de la chasse lors des premiers mois de leur vie, on n’est loin de la coupe aux lèvres. Il en va de même pour les veaux femelles qui sont moins nombreuses à atteindre l’âge adulte et pouvoir se reproduire. Au niveau de la baisse de femelles atteignant un an, c’est peut-être ce qui expliquerait en partie la baisse de récolte de veaux orignaux au fil des ans. À titre d’exemple, en 2003, près de 18% (3174) des orignaux récoltés étaient des veaux, tandis qu’en 2023, ce chiffre est tombé à 10% (2354), une baisse de récolte de 26%.

J’entends certains chasseurs dire en lisant mon éditorial… Bin oui Louis, on ne tuera plus de veaux et on va mettre encore plus de pression sur les mâles et femelles adultes. On ne sera pas plus avancé! Vous avez raison et c’est pour cela qu’il ne faut pas se limiter à cette seule action si on désire donner un vrai coup de pouce aux orignaux.   

Pour réellement redresser la situation, il est temps de mettre en place une exigence de 3 coupons de transport pour chaque orignal abattu partout au Québec. Cette mesure permettrait de compenser le fait que les veaux ne soient plus permis à la chasse en atténuant la pression supplémentaire sur les sujets adultes. Et même s’il y avait des abattages de veaux par erreur on sauvera tout de même plus de 2000 veaux par année. Ce n’est pas rien.

Si nous voulons vraiment changer les choses, il ne suffit pas de changer quelques règles en surface. Il faut y mettre de vrais efforts. En excluant les veaux de la récolte et en ajustant notre approche à travers un système à trois coupons de transport partout au Québec, nous donnons à la population d’orignaux la possibilité de se régénérer de manière plus durable.

J’aimerais proposer une solution miracle qui règlerait le cas des tiques sans nous enlever des privilèges en tant que chasseur mais il n’en existe pas. De plus, au cours des dernières décennies les populations d’orignaux ont explosé au Québec et cela explique en partie les problèmes que nous vivons aujourd’hui. Les tiques d’hiver ont plus de chance de trouver un hôte (orignal) sur qui s’agripper et faire des dommages quand les populations sont très élevées La spirale débute ainsi et on perd facilement le contrôle.

À preuve, à mon secteur de chasse en Mauricie où les populations d’orignaux sont très faibles (moins de 2 orignaux aux 10 km2), je n’ai jamais vu une seule tique sur la dizaine d’orignaux que nous avons récoltés. Pourtant dans un secteur à 50 km du mien, où le cheptel est abondant, les orignaux sont infestés de tiques…

Pas mal plus difficile qu’on le pense ce problème car bien des chasseurs – moi le premier – aimeraient bien avoir le beurre et l’argent du beurre soit une population élevée sans problème de tiques… mais ça ne fonctionne pas ainsi. En protégeant les veaux et en obligeant un minimum de 3 coupons de transport pour un orignal, on donne un coup de pouce à cette population selon moi car la population a plus de chance de demeurer balancée.

Mais malheureusement d’un autre côté, en gardant nos populations trop élevées, un problème comme celui des tiques d’hiver ne peut que perdurer dans le temps. Sincèrement, il faudrait qu’on apprenne de ce qui est arrivé aux caribous migrateurs du Québec dont la chute est grandement attribuable à une sous-exploitation. Je sais que ce genre d’évidence est difficile à entendre mais un moment donné il va falloir se dire les vraies choses et comprendre les conséquences qui nous pendent au bout du nez en rêvant de densité d’orignaux supérieure à la capacité d’habitat du milieu. Ce sujet des densités d’orignaux est tellement important et complexe qu’il mériterait de faire l’objet d’un article. À suivre!

Bourde administrative du ministère concernant  la chasse à l’orignal dans 6 Zecs de la Mauricie

Malgré l’annonce le 30 mai dernier d’une modification réglementaire pour la saison de chasse à l’orignal 2025 pour la zone de chasse 26, la saison de chasse pour les zecs du Chapeau-de-Paille, de la Croche, du Gros-Brochet, Jeannotte, Menokeosawin et Tawachiche demeurera une année permissive, contrairement à ce qui était attendu. À ce que j’ai entendu, il s’agirait d’une omission administrative qui empêche de mettre en place une année restrictive, tel que demandée par l’ensemble de ces zecs en Mauricie, qui protégeait aussi le veau lors d’année restrictive contrairement à ce qui se passe dans la zone 26. Ainsi, ce sera une année restrictive dans la zone 26 mais pas dans les six zecs ci-haut mentionnées. Alors que le cheptel de la 26 en arrache, une telle erreur est impardonnable et si le ministre a le pouvoir d’apporter un correctif, qu’il agisse au plus vite!   

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