Un beau tableau de chasse à la bernache réalisé à la passe vers la fin de la pré-saison 2024, au moyen d’un plan mixte d’appelants pleine forme et de silhouettes.

Bernache au champ: 2D ou 3D
les appelants ?

SAUVAGINE

Par Michel La Haye*
*L’auteur est guide
de chasse à la sauvagine

Dans une de mes chroniques je faisais mention de l’approche simpliste ou minimale pour chasser la bernache, et j’y mentionnais l’utilisation d’appelants de bernache 2D ou, si vous préférez, de silhouettes. Je ne vais pas énumérer et comparer les différents modèles/marques entre eux dans cet article, non, je vais plutôt tenter une analyse objective sur les avantages et points négatifs concernant leur utilisation, ainsi que les avantages qu’ils offrent face aux appelants 3D, aussi nommé «pleine forme» ou «full body» (dans la langue de nos voisins et anciens amis au sud de notre pays). L’article sera complété en vous donnant quelques lignes directrices sur la disposition de ces appelants au champ! Je remercie mon filleul, Émile Picard, et mon bon ami Mike Painchaud, deux chasseurs invétérés aux silhouettes, pour leurs ajouts et les détails qu’ils m’ont fournis sur la disposition de ces appelants 2D.

POINTS POSITIFS ET NÉGATIFS

Avantages vs appelants 3D

Une image vaut mille mots, sur la photo 1, remarquez la touche naturelle apportée par l’ajout de quelques appelants 2D aux autres pleine forme, qui ont souvent le défaut, sauf exception, de ne comporter que deux ou trois pauses différentes. Chez la plupart des marques, une douzaine d’appelants pourra comporter douze poses différentes, allant d’oiseaux à l’aguet, en repos, mangeant ou se nettoyant (photo 2). Par conséquent, un des gros avantages des appelants 2D est d’avoir un aspect plus naturel.

Photo 1- La touche naturelle apportée par l’ajout de silhouettes parmi les familles d’appelants pleine forme est indéniable sur cette photo.

Photo 2- Un bon exemple de la variété de poses offerte dans un lot de silhouettes.

Dans un sac d’appelants 2D, une personne de taille et de force moyenne est capable de transporter facilement de six à huit douzaines d’appelants (photo 3), sans aucune forme d’aide mécanique (VTT, chariot de transport, remorque etc.), ce qui est loin d’être le cas pour les appelants 3D plus lourds et encombrants. Cet autre avantage est surtout utile lorsque le site de chasse n’est accessible qu’à pied par choix du propriétaire ou à cause des conditions de terrain. Deux à quatre chasseurs peuvent alors transporter suffisamment d’appelants 2D, soit au moins 96 silhouettes, pour former un très bon plan au champ, comme nous le verrons plus loin.

Photo 3- Un sac contenant environ trois douzaines de silhouettes qui se transportent aisément à l’épaule; une personne en forme peut en prendre un sur chaque épaule sans problème.

Je ne sais trop pourquoi, mais les appelants 2D sont souvent plus visibles de loin que ceux pleine forme pourtant de hauteur et d’apparence semblables vu de côté mais elles semblent couvrir plus d’espace de loin et de près (photo 4A). Cette caractéristique peut aussi servir à camoufler la présence d’une cache couchée autour de laquelle on ajoutera quelques silhouettes (tombeau; photo 4B). Je me souviens d’avoir souvent arrêté pour regarder le plan de mon ami Mike qui chasse dans le même territoire que moi. Son plan était vraiment bien visible et facile à localiser sur une pleine longueur de champ. Il utilise surtout des appelants 2D noirs, ce qui explique probablement leur grande visibilité sur de longues distances.

A

Ajoutez le texte de votre infobulle ici

B
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Photos 4 – A: sur cette photo, au centre et légèrement à droite, on voit les silhouettes qui se démarquent des appelants pleine forme. B: les silhouettes conviennent bien aussi pour camoufler la présence des caches de type tombeau.

Parlant de coloris, certaines marques ont une apparence surréaliste avec des photos de vraies bernaches imprimées sur une toile matte elle-même collée sur une plaque de plastique. Remarquez d’ailleurs le détail du plumage de cet appelant avec l’agencement très fidèle des couleurs et de l’aspect du plumage à différentes distances d’observation (photo 5A, B et C). Je les utilise même comme modèle quand vient le temps de repeindre mes appelants 3D comme sur la photo 6.

A

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B

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C

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Photo 5A, B et C- Trois photos prises avec différents agrandissements, remarquez le réalisme de l’ensemble de la robe de l’oiseau sur la première photo et les détails fins du plumage sur les deux suivantes.

Photo 6- Votre humble serviteur surpris en train de repeindre ses appelants; je dispose quelques silhouettes en face de moi et je recopie simplement les nuances de couleurs et de formes qu’elles arborent sur les appelant 3D qui ont besoin d’un rajeunissement.

Il y a aussi l’illusion de mouvements qui se développe lorsque l’on contourne un bon plan de silhouettes à une certaine distance. Un spécialiste du cerveau pourrait sûrement pouvoir l’expliquer, mais on a la nette impression que ces appelants bougent lorsque l’on se déplace autour! Faîtes-en l’expérience, vous verrez c’est étonnant. Il faudrait que je pousse à fond mon investigation sur ce phénomène. Je me demande souvent si ce phénomène se produit également avec les bernaches? La question est lancée!

Un autre net avantage des silhouettes est qu’elles permettent de grossir et d’allonger un plan constitué principalement d’appelants pleine forme tout en réduisant leur nombre. En effet, lorsque nous chassons «à la passe» principalement au début et à la fin de la saison, nous aimons disposer un plan plus costaud et allongé pour attirer l’attention des bernaches de loin volant en haute altitude sur une ligne de vol distante de notre site de chasse

Un gros plan d’appelants de bernache étendu et bien visible de loin.

Le dernier point, et non le moindre, est la grande facilité de ramassage après la chasse. En effet les appelants 2D sont disposés dans un sac comportant une ouverture au fond pour laisser les piquets, souvent sales et couverts de boue, dépasser à l’extérieur du sac ce qui garde le corps des silhouettes toujours propres. Chaque sac peut contenir de quatre à six douzaines d’appelants 2D et le ramassage ne prend que quelques minutes.

Désavantages généraux

Vous vous doutez bien que le premier point négatif concernant l’utilisation de ces appelants est leur format 2D. Pour réaliser de belles chasses au moyen de ceux-ci, il faut en disposer un bon nombre, au moins six à huit douzaines, comme nous le verrons en détails plus loin, en évitant de laisser des angles morts où aucun appelant ne serait visible de travers à la ligne d’approche des bernaches qui se fait généralement face au vent. Mais ce désavantage est pallié par leur facilité de transport et d’installation.

Cependant, les journées venteuses posent un problème avec ces appelants 2D. En effet, et selon moi, c’est là que le bât blesse avec ceux-ci, ils claquent au vent lorsque disposés de travers à sa direction. J’ai souvent retiré ces formes 2D de mon plan d’appelants pleine forme pour cette raison en observant une nette amélioration de la confiance des oiseaux dès leur retrait. Les placer toutes face au vent, pour éviter ces claquements, crée des «trous» devant et derrière le plan ou aucun appelant n’est vraiment visible. Mon filleul Émile Picard a trouvé ce qui me semble être une très bonne solution en utilisant que des appelants 2D que je vous expliquerai en fin d’article. En ce qui me concerne, c’est pourquoi je recommande toujours aux sauvaginiers qui me le demandent d’utiliser un plan mixte formé d’un mélange équilibré d’appelants 2 et 3D lorsque c’est faisable.

Un autre point négatif que je dois vous rapporter est que les silhouettes, sans refléter la lumière directement, peuvent prendre une teinte jaunâtre très pâle si elles ne sont pas insérées perpendiculairement dans le sol. Dans ce cas, le moindre angle face au soleil provoquera ce simili reflet.

Un dernier désavantage, majeur si, comme moi, vous êtes du genre «gardeux» et aimez retaper vos appelants à votre goût après deux ou trois saisons, les retouches, à l’exception du cou et de la queue noirs, ne sont pas faciles à faire sur des silhouettes. En effet, même avec des peintures spécialisées ajustées aux coloris des bernaches et beaucoup de doigté et de patience, l’aspect final n’est pas très réussi et naturel.

DISPOSITION DES SILHOUETTES AU CHAMPS

Approche générale par groupe serrés

Pour ma part, lorsque je chasse avec des silhouettes seulement, ce qui m’arrive rarement, je les dispose selon le principe des traces de roues de tracteurs selon le schéma ci-dessous. Je place les appelants en couple avec chaque individu regardant dans des directions différentes avec un angle quasi perpendiculaire, puis un second couple plus loin avec la même approche, mais en les tournant légèrement vers la gauche (vous pouvez y aller autrement par la droite par exemple) et je dispose en cercle environ six à huit couples avec plus ou moins 1,5 à 2 m de distance entre eux. Pour terminer, je place trois ou quatre appelants au centre du cercle dans toutes les directions. Je me déplace de 3 à 4 bons pas, et je recommence. La position de la ou des caches peut être déplacée sur le flanc droit ou gauche du plan, de travers au sens du vent,  si les oiseaux se montrent méfiants, de cette manière, ils porteront leur attention d’avantage sur les appelants et moins sur les chasseurs selon leur axe d’arrivée dans les trous d’atterrissage.

Un plan de chasse à la bernache au champ constitué entièrement de silhouettes disposées en groupes ronds selon le principe de «roue de tracteur ». Notez la présence de plusieurs zones libres d’appelants, dont la principale au centre du plan devant la cache par vent arrière. Les trous secondaires situés de part et d’autre de celui-ci offriront une «piste d’atterrissage» acceptable advenant un changement de direction de vent vers la gauche ou la droite.

En temps normal, j’ajoute quelques silhouettes au centre des petites familles d’appelants pleine forme pour ajouter une touche toute naturelle à l’ensemble, je les retire dès qu’elles se mettent à claquer au vent (photo 8).

Photo 8- Il est facile de constater la diversité des poses apportée par l’ajout de quelques silhouettes seulement au centre des familles d’appelants pleine forme.

Approche par groupe lâches

Émile procède autrement, il forme des groupes plus lâches de 15 à 18 individus distants entre eux de deux ou trois pas qui regardent dans toutes les directions (photo 9 et 10). Il me dit qu’il compense pour les vents forts en disposant les appelants face à sa provenance mais avec des petits angles à gauche et à droite afin d’éviter les trouées d’angle mort. Il a un autre truc pour les vents forts, à l’instar de mon approche avec quelques silhouettes placées au centre des familles d’appelants 3D, il va disposer quelques-uns de ces appelants au centre et en périphérie des groupes d’appelants 2D (photo 11), et le tour est joué! Les silhouettes claquent moins et les appelants pleine forme compensent l’absence d’individus regardant dans toutes les directions en remplissant les trous d’angles mort.

Photo 9 et 10- Deux exemples de l’approche préconisée par mon filleul Émile pour l’installation d’un plan contenant majoritairement des silhouettes.
ÉMILE PICARD

Photo 11- Disposition des silhouettes par temps venteux avec la majorité de celles-ci faisant face au vent sous différents angles et l’ajout de quelques appelants pleine forme pour combler les trous d’angle mort pouvant intimider des bernaches approchant le plan sous le vent.
ÉMILE PICARD

Disposition du plan

Dans les deux cas, que l’on utilise l’une ou l’autre de ces deux approches, l’idée est de créer un ensemble offrant des espaces libres ou des «pistes d’atterrissage» pour les bernaches. En effet, grégaire dans un clan, mais pouvant être belliqueuses avec des oiseaux qu’elles ne connaissent pas, les groupes de bernaches approchant, en particulier les petites familles d’octobre contenant plusieurs jeunes individus, seront plus à l’aise de se jeter dans une grande ouverture que parmi les appelants (photo 12). Plus tard en saison, les vieux oiseaux méfiants mais plus dominants, hésiteront moins à le faire. Cependant, par temps venteux, il faut resserrer les groupes en laissant le même espace entre ceux-ci et disposer la majorité des appelants face au vent (photo 13). Les bernaches à l’approche par grands vents ont moins de contrôle, il pourrait arriver qu’elles se jettent en dehors du plan par prudence afin d’éviter tout accident diplomatique avec leurs congénères au sol. Ces principes de base s’appliquent avec toutes les approches, soit plein plan de silhouettes, mixte ou seulement avec des appelants 3D.

Photo 12 et 13- Notez les grandes ouvertures laissées entre les petits groupes d’appelants, mais avec beaucoup de distance entre ceux-ci sur la première photo, et les groupes familiaux plus serrés sur la seconde avec la majorité des appelants disposés face au vent, mais avec des espaces d’atterrissage entre ceux-ci.

CONLUSION

Je terminerais en mentionnant que, comme dans toute chose, il faut faire preuve de «gros bon sens» avec l’utilisation de silhouettes. Un minimum de huit douzaines d’individus est nécessaire pour former un plan efficace, vous pouvez en ajouter plus pour l’agrandir, mais en gardant toujours les espaces d’atterrissage à portée de tir. En effet, contrairement aux oies blanches qui survolent les appelants gracieusement en pivotant en cercles étroits et qui finissent immanquablement par passer à portée de tir devant la cache, les bernaches ont une approche d’atterrissage plus linéaire et font normalement de plus grands cercles autour du plan. Vous aurez donc plus de chance d’avoir des bernaches dans la zone de tir mortelle en gardant les ouvertures de pose en deçà de 30-40 m de la position de tir des chasseurs. Sur ce, bonne saison de chasse à la bernache au champ!

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