CHEVREUIL

Par Louis Gagnon

MARK RAYCROFT

Sanctuaires: rêve ou illusion pour les chasseurs ?

Un printemps riche en observations de terrain

Le printemps dernier a été particulièrement chargé pour moi en consultations individuelles sur des territoires de chasse privés. Fait plutôt exceptionnel : une proportion notable des terres visitées — et même des chasseurs rencontrés lors de mes formations — avaient la chance de chasser en bordure d’un territoire sans pression de chasse. Un véritable sanctuaire, en quelque sorte.

Et qui n’a jamais rêvé d’avoir un territoire adjacent à une vaste zone protégée ? Un espace capable non seulement de maintenir une bonne densité de chevreuils, mais aussi de permettre à certains mâles de gagner en maturité.

Le potentiel du sanctuaire: entre espoir et déception

Les sanctuaires offrent un avantage bien connu: ils favorisent la récolte de mâles plus âgés et concentrent l’activité de jour, les chevreuils s’y réfugiant pour fuir la pression de chasse environnante. Sur le terrain, tous les chasseurs rencontrés dans ces contextes ont rapporté des résultats similaires: de magnifiques captures nocturnes de gros bucks autour de leurs sites d’appâtage. Le problème? Aucun n’a réussi à récolter ces mâles convoités.

Alors, le concept de sanctuaire est-il surévalué? Un simple mythe? Ou pire: est-il avantageux uniquement pour ceux qui franchissent la ligne… et trichent?

Je tiens à préciser ici que cette notion de sanctuaire s’applique aussi à toute terre voisine où la chasse est absente — volontairement ou par interdiction — et dont le propriétaire refuse l’accès.

Lors de ses consultations individuelles sur des territoires de chasse privés, l’auteur a remarqué que même ceux qui avaient la chance de chasser en bordure d’un sanctuaire sans chasse se plaignaient d’avoir uniquement des photos de nuit de grands mâles aux alentours de leurs appâts…

Une expérience large sur le terrain

En plus de 35 ans à guider professionnellement et à chasser le chevreuil, j’ai eu la chance d’expérimenter toutes sortes de configurations: des territoires de quelques dizaines d’acres jusqu’à d’immenses zones de plusieurs centaines de kilomètres carrés, autant à Anticosti, qu’au Québec continental, en Ontario ou dans l’Ouest canadien. Cette diversité m’a permis de tester différentes approches pour maximiser les opportunités offertes par la proximité d’un sanctuaire.

Un sanctuaire n’augmente pas la densité globale de chevreuils

Première mise au point essentielle: la simple présence d’un sanctuaire à côté de chez vous n’augmente pas automatiquement la densité de chevreuils sur votre terrain. Et le sanctuaire lui-même n’abrite pas nécessairement plus de chevreuils au kilomètre carré que les terres environnantes.

C’est la qualité de l’habitat — à l’échelle de votre secteur — qui détermine la densité et l’utilisation du territoire par les chevreuils. Le sanctuaire, lui, agit davantage comme un aimant temporaire. Il concentre les cervidés pendant la journée, mais ceux-ci quittent souvent ces zones à la nuit tombée pour rejoindre des territoires plus riches en nourriture.

Le sanctuaire est attrayant simplement parce qu’il offre une absence totale de pression de chasse. Les chevreuils reconnaissent rapidement cette sécurité et s’y réfugient dès qu’ils détectent de l’activité humaine autour.

Une étude marquante: regroupement de jour dans les zones sans chasse

Je pense ici à une étude menée il y a plus de dix ans au sud-est de Montréal. Elle portait sur l’impact de l’alimentation du chevreuil sur différents habitats forestiers selon la densité de population. Un fait saillant: les regroupements de chevreuils observés dans des zones sans chasse atteignaient, de jour, des densités comparables — voire supérieures — à celles mesurées à Anticosti.

C’est simple: les chevreuils fuient la pression. Ils cherchent les zones sans présence humaine pour s’y reposer de jour, puis explorent ailleurs une fois la nuit tombée.

Mais c’est dans la façon d’exploiter cette réalité que tout se joue.

Ce que font (malheureusement) la plupart des chasseurs

Quand un chasseur a la chance de posséder un terrain adjacent à un sanctuaire, que fait-il généralement? Il place sa cache directement à la frontière entre les deux territoires, espérant qu’un gros buck s’aventurera hors du sanctuaire. (Voir photo ci-contre).

Quand un chasseur a la chance de posséder un terrain adjacent à un sanctuaire, que fait-il généralement? Il place sa cache directement à la frontière entre les deux territoires, espérant qu’un gros buck s’aventurera hors du sanctuaire. (Voir photo ci-dessous).

La majorité des chasseurs croient que s’asseoir directement dans une ligne de tir qui sert de frontière entre deux territoires privés est la bonne solution quand le territoire voisin n’est pas chassé. À moins que la ligne de tir en question soit particulièrement longue et d’assez bonne largeur en qu’en plus son orientation permet au vent dominant de bien circuler; c’est une manière de rapidement inhiber le croisement régulier des vieux chevreuils. Rapidement vos odeurs s’intensifient et rendent le mouvement des plus vieux chevreuils nocturne.

Problème : dès les premiers jours de chasse, et souvent même avant, les chevreuils comprennent la nouvelle dynamique. L’odeur humaine, les appâts fraîchement déposés, les caches visibles — tout ça constitue une barrière invisible que les cervidés apprennent à éviter rapidement. Cette barrière olfactive devient leur nouvelle frontière mentale, bien plus significative que les lignes tracées sur une carte.

Résultat : ces chasseurs, mal préparés, repoussent les chevreuils encore plus loin à l’intérieur du sanctuaire. Et ils s’étonnent ensuite de n’avoir que des images de nuit.

La majorité des chasseurs croient que s’asseoir directement dans une ligne de tir qui sert de frontière entre deux territoires privés est la bonne solution quand le territoire voisin n’est pas chassé. À moins que la ligne de tir en question soit particulièrement longue et d’assez bonne largeur en qu’en plus son orientation permet au vent dominant de bien circuler; c’est une manière de rapidement inhiber le croisement régulier des vieux chevreuils. Rapidement vos odeurs s’intensifient et rendent le mouvement des plus vieux chevreuils nocturne.

Ce que font les chasseurs stratégiques

À l’inverse, un chasseur conscient de la capacité d’adaptation du chevreuil face à la pression peut tirer un avantage immense de la présence d’un sanctuaire voisin. La solution est contre-intuitive, mais terriblement efficace :

Créer un faux sanctuaire… chez vous

L’idée est simple : faire croire aux chevreuils que le sanctuaire est plus grand qu’il ne l’est réellement. Pour ce faire, vous devez abandonner temporairement une portion de votre propre territoire. En cessant d’y appâter, d’y installer des caches, ou même de le fréquenter, vous étendez artificiellement la zone perçue comme sécuritaire.

Les chevreuils, eux, ne connaissent pas vos limites cadastrales. Ils perçoivent les transitions d’habitats et les traces d’activité humaine. Si vous cessez d’utiliser une portion de votre terrain, ils l’intègreront peu à peu dans leur registre de zones sans danger.

Et devinez quoi ? Ils sortiront davantage de jour (voir exemple ci-contre).

Créer un faux sanctuaire… chez vous

L’idée est simple : faire croire aux chevreuils que le sanctuaire est plus grand qu’il ne l’est réellement. Pour ce faire, vous devez abandonner temporairement une portion de votre propre territoire. En cessant d’y appâter, d’y installer des caches, ou même de le fréquenter, vous étendez artificiellement la zone perçue comme sécuritaire.

Les chevreuils, eux, ne connaissent pas vos limites cadastrales. Ils perçoivent les transitions d’habitats et les traces d’activité humaine. Si vous cessez d’utiliser une portion de votre terrain, ils l’intègreront peu à peu dans leur registre de zones sans danger.

Et devinez quoi ? Ils sortiront davantage de jour (voir exemple ci-dessous).

Dans cet exemple, au sud du terrain, la repousse forestière d’après coupe est parfaite. Elle intègre une repousse parfaite où nourriture et zone de protection sont entremêlées. Les chevreuils peuvent y prendre avantage sans se sentir trop exposés. Il faut juste s’assurer de ne pas couper les voies d’accès en chassant trop près. Garder la voie libre d’accès au centre du peuplement et chasser à bon vent avec seulement 2 miradors possibles.

Comment structurer cette nouvelle approche?

Pour réussir ce tour de passe-passe, il faut :

-Retirer tous les appâts et caches de la nouvelle zone à annexer.

-Laisser le temps aux chevreuils de redéfinir leur comportement.

-Ne surtout pas chasser sur cette nouvelle frontière (ce serait refaire l’erreur initiale).

À la place, chassez en retrait, sur les côtés, en suivant les premiers signes d’activité fraîche. Laissez les chevreuils s’avancer sur votre terrain, puis interceptez-les plus loin, à rebrousse-poil si nécessaire.

Un cas particulier : les lignes claires

Si la frontière entre votre terrain et le sanctuaire est bien définie par un élément visible — comme une ligne électrique ou une coupe franche — la stratégie est la même : vous reculez vos sites d’appât, vous aménagez une zone tampon inoccupée, et vous n’intervenez que là où le vent est en votre faveur. (Voir vidéo ci-dessous)

Ce genre de buck ultra mature qui vérifie longtemps tous ses déplacements par période de forte pression de chasse devient presque «inchassable». À l’occasion, il va tirer avantage d’une petite zone sans chasse et ne la quittera rarement avant la tombée de la nuit. Ça devient souvent plus payant de chasser une zone alimentaire forestière de haute qualité à proximité du sanctuaire et garder la bordure du sanctuaire pour le plan B de la dernière journée de chasse.

Conclusion : pas de magie, juste du bon sens

Avoir un sanctuaire à côté de chez soi n’est un avantage que pour le chasseur qui comprend comment les chevreuils perçoivent la pression. Il ne suffit pas d’être bien placé : il faut agir avec subtilité, reculer pour mieux attirer, et surtout éviter de leur montrer la frontière trop clairement.

Les chevreuils ne connaissent pas nos lignes de lot. Ils reconnaissent l’odeur de nos bottes, le bruit de nos entrées, et la forme de nos caches. À nous de leur faire croire qu’on n’est pas là. Et là, vous verrez… ce n’est pas de la magie. C’est du bon sens. 

Pour en savoir plus;  www.lanaturesauvage.com  ou www.onchasse.com

Résumé de l’auteur concernant la chasse près d’un sanctuaire.

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