PÊCHE

Par Alain Cossette

L’OMBLE CHEVALIER OQUASSA…
Quessé ça?

La truite rouge du Québec

Et Oui! L’omble chevalier oquassa (Salvelinus alpinus oquassa) est le fameux salmonidé qui est très souvent appelé la truite rouge du Québec. Nous pouvons certainement comparer son cas à celui de la ouananiche; qui est un saumon atlantique d’eau douce. Le saumon atlantique et l’omble chevalier sont deux espèces anadromes; c’est-à-dire qu’ils vivent en eau salée et viennent frayer en eau douce. Dans chacun des cas, il y a exception et il y a des populations qui vivent et se reproduisent en eau douce; de là la désignation d’omble chevalier d’eau douce.

D’après les études qui ont été faites, les populations de cette omble «landlockée» se répartissent dans la zone plus au sud que l’espèce anadrome. À part le Maine, ce poisson d’eau douce est vraiment confiné à l’est du Canada et principalement au Québec. Ainsi le pêcheur, qui connaît la truite rouge du Québec, sait qu’il a entre les mains une pêche peu commune qui ferait l’envie de certains adeptes… Mais les lacs qui en contiennent se font rares… Nous en reparlerons plus loin.

Carte de l’aire de répartition potentielle de l’omble chevalier oquassa au Québec. La zone hachurée représente une zone de mélange entre les sous-espèces oquassa et erythrinus de l’omble chevalier.

Tiré du site web du MELCCFP
CRÉDIT : MELCCFP

Ma première rencontre

La motivation première d’aller pêcher ce lac qui contenait cette espèce a été le souvenir de la pêche de l’année précédente, en 1974, de mon père et de son invité qui en étaient revenus en possession de 6 ombles de fontaine (truites mouchetées) dont le poids s’échelonnait de 0,75 kg à 1,5 kg et cela sans compter qu’ils en avaient manqué plusieurs.

Au départ, les résultats de notre pêche printanière étaient d’une nullité déconcertante. Nous avions beau persister, il n’y avait rien à faire. C’est alors que d’un commun accord avec mon oncle on avait décidé de s’ancrer dans une baie afin d’apaiser nos estomacs qui n’en finissaient plus de se lamenter. Durant ce laps de temps, comme pour tenter la chance, nous avions laissé nos cuillères appâtées avec un vers de terre dans le fond du lac. Puis, tout à coup, nos lignes s’étaient mises à sursauter sans que ce soit l’effet du vent. Enfin, il y avait eu un peu d’action et une certaine frénésie s’était emparée de nous. Quelle sensation que celle de capturer ces petites dames aux colorations brillamment intenses! Souvenez-vous que nous étions à la pêche à l’omble de fontaine. Je n’en fis pas de cas sur le moment, mais j’en remarquais quelques-unes parmi le lot aux traits pâlots et plus élancées. Une fois que ça avait arrêté de mordre, je m’étais rendu à l’évidence que plus de la moitié de nos captures avaient des caractéristiques dissociables de la truite mouchetée que je connaissais. Je venais de capturer mes premiers ombles chevaliers oquassa.

Ce n’est pas d’hier que l’auteur pêche l’omble chevalier oquassa. On le voit ici avec quelques captures réalisées dans la Zec Bessonne alors qu’il avait 22 ans.

J’avais 13 ans quand je fis cette première rencontre avec cette espèce. Inutile de dire que ce fut pour moi toute une surprise. Le malheur, c’est qu’à cette époque-là je ne pouvais pas apprécier ces prises à leur juste valeur; dans le sens où j’étais trop peu renseigné sur ce poisson. En fait, je ne le connaissais même pas. Pour moi, les spécimens capturés étaient des touladis (truite grise) et cela était une première pour moi. C’est la forme en V de la queue qui me porta à cette confusion car je savais que l’omble de fontaine avait une nageoire caudale plutôt carrée qui se distingue de la caudale fourchue du touladi. Après avoir discuté avec d’autres pêcheurs de La Tuque et avoir cherché plus d’informations sur le touladi et l’omble chevalier je me suis rendu à l’évidence que je venais de faire la connaissance d’une espèce dont j’ignorais l’existence. En passant, ce n’est que plusieurs années plus tard que j’ai récolté mes premiers touladis dans le Parc national de la Mauricie.

J’avais vaguement entendu parler de la truite rouge du Québec et il m’avait toujours semblé que les pêcheurs se faisaient avares de commentaires; eux qui étaient pourtant si exubérants lorsque la conversation déviait sur la pêche. En tant que néophyte, j’avais beaucoup de difficulté à les comprendre. Plus tard, j’ai réalisé que la truite rouge du Québec, à leurs yeux, représentait le MYTHE ou tout simplement une confusion avec l’omble de fontaine.

À prime abord, la truite rouge du Québec et la truite mouchetée sont deux espèces complètement différentes. Principe auquel plusieurs pêcheurs n’ont pas réussi à dissocier. Ce qui est compréhensif et qui est dû en grande partie à la rareté de l’omble chevalier oquassa. C’est pourquoi, j’ai décidé de revivre avec vous ces premiers moments et de vous la faire connaître. Cette espèce est une réalité du Québec… Surtout, il faut la protéger pour la sauvegarder!

Sa distribution et son abondance

L’omble chevalier a une distribution circumpolaire et il faut souligner que c’est l’espèce la plus nordique des salmonidés. Quant à l’oquassa elle est une relique glaciaire suite au départ des grands glaciers; il y a de cela près de 12 000 ans. Elle est localisée au sud de 52e parallèle et se retrouve dans les lacs oligotrophes (pauvre en éléments nutritifs), profonds, aux eaux froides transparentes et bien oxygénées.

L’omble chevalier oquassa aurait été présente dans 303 lacs au Québec et de ce nombre sa présence est confirmée récemment dans seulement 249 lacs. En Mauricie où je pêchais cette espèce il y aurait 17 lacs où sa présence est récemment confirmée sur les 24 lacs connus. De plus, au Québec, elle serait disparue vraisemblablement de 24 lacs et cela en raison principalement d’une compétition interspécifique et la prédation; entre autres avec le touladi. Sans compter qu’elle est sensible à l’eutrophisation et l’acidification des plans d’eau. Elle préfère les lacs où l’eau est froide et de qualité.

Bien que j’ai un faible pour ma Mauricie natale sachez que sa présence a été reconnue dans seulement 22 lacs situés au sud du St-Laurent; soit dans les régions du Bas St-Laurent et de la Gaspésie. Outre les trois régions énumérées précédemment, elle est présente dans les régions de la Côte-Nord, du Saguenay-Lac-St-Jean, de la Capitale nationale, de Lanaudière, des Laurentides et de l’Outaouais. Le fait reste qu’elle demeure recherchée et appréciée par certains pêcheurs sportifs; notamment dans la région de Charlevoix et de la Côte-Nord.

Sachez que dans les lacs où on la retrouve son abondance n’y est que peu élevée.

Description

Tel que mentionné lors de ma première rencontre, les truites rouges en ma possession avaient une coloration plutôt uniformément argentée avec des teintes de rouge-orange parcourant la région abdominale. Ce qui est loin de la livrée flamboyante de l’omble de fontaine. Les deux espèces sont tachetées; par contre, les taches sont beaucoup moins nombreuses et plus pâles chez la truite rouge. Cependant la peau de la mouchetée est caractérisée par des petits points rouges cerclés d’un halo bleu. De plus, l’omble de fontaine est vermiculé sur le dos et la nageoire dorsale. Généralement la variation des couleurs dépend de l’habitat, de la nourriture et de la saison.

Contrairement à l’omble chevalier, la robe de la mouchetée est caractérisée par des petits points rouges cerclés d’un halo bleu. La mouchetée possède aussi une queue plus carrée.

En plus de la queue plus fourchue de l’omble chevalier, le blanc des nageoires inférieures n’est pas bordé de noir comme chez l’omble de fontaine. Le ministère (MELCCFP) a d’ailleurs produit un bon document facilitant l’identification de cette dernière en la comparant avec l’omble de fontaine. En 2008 le ministère a même mis en place une campagne de sensibilisation en Mauricie et dans la région de la Capitale Nationale pour la différencier des 2 autres espèces mentionnées précédemment avec lesquelles elles pouvaient être confondues.

Différences entre l’omble de fontaine et omble chevalier oquassa.

Je profite de cette section pour mentionner que sa fraie a lieu entre les mois de septembre et décembre. Son espérance de vie est inférieure à 10 ans et pour les spécimens anadromes elle pourrait aller jusqu’à 40 ans. Sa longévité augmente en fonction de la latitude où elle est présente.

Une anecdote

Durant de très nombreuses années je cherchais à capturer cette espèce dans la Zec Bessonne et j’ai réussi à le faire régulièrement dans 7 lacs qui en contenaient. En écrivant cet article j’ai été vérifier cette information pour m’apercevoir que dans le plan d’ensemencement de la ZEC Bessonne 2019-2029 du ministère il y avait une omission. Devinez quoi … Il n’y avait que 6 lacs d’énoncés; il en manquait donc un alors! Pour ne pas le nommer c’est le lac Bouleau. J’ai donc avisé le ministère de ce fait; j’espère qu’ils vont faire un suivi de ce lac car j’en ai capturé à quelques reprises sur ce dernier. Sur ce lac manquant, c’est là que ma sœur avait fait sa dernière pêche et avait même capturée une oquassa. Il faut savoir qu’elle était malade et est décédée quelques années plus tard suite à une récidive du cancer.

Feu la sœur de l’auteur posant avec un omble chevalier oquassa capturé dans la ZEC Bessonne au lac Bouleau; lac non cité par le ministère parmi ceux contenant cette espèce.

La pêche

Lorsque vous ferrez pour la première fois un omble chevalier oquassa vous pensez avoir capturé un beau spécimen. À coup sûr la déception s’emparera de vous en apercevant ce petit chicot; sauf si vous êtes au courant de la valeur réelle de votre capture. Généralement la rouge n’est pas un poisson de forte taille; son poids moyen oscille entre 0,5 kg et 2 kg; rarement elle atteindra le 1 kg. Il y a des exceptions car sur quelques plans d’eau il y a des spécimens de belle taille. J’ai pu m’en rendre compte à la Pourvoirie Mabec, sur la Côte-Nord, où j’en ai échappé une belle pendant qu’un autre client, qui contrairement à moi, avait réussi avec un spécimen de plus de 2,5 kg. En tant que batailleuse, je lui décerne une médaille et vous la reconnaîtrez à sa façon de se débattre vigoureusement en se dirigeant vers le fond.

Les meilleurs endroits pour la pêcher semble être la proximité des berges au printemps mais pas autant que la mouchetée et en profondeur l’été mais pas aussi profondément que le touladi. Cette espèce semble préférer les températures avoisinant le 7 degré Celsius.

Les leurres à utiliser, pour pêcher ce poisson, sont les cuillères ondulantes, les cuillères tournantes et les petits devons imitant les menés. Il est préférable de munir les cuillères d’un avançon et d’un morceau de vers de terre. Mes meilleures pêches l’ont été avec l’aide de leurres de marques Veltic (rouge et argent), Williams (moitié-moitié) et Pixee de Blue Fox (rose au centre). Les mêmes leurres m’ont donné de très bons résultats dans le nord du Québec et pour ceux qui sont anadromes; car j’ai eu la chance d’en prendre à quelques reprises. Les captures dans le nord sont de belle taille et la moyenne de poids de ces derniers étaient de 2,5 kg.

Gros omble chevalier anadrome capturé par l’auteur lors d’un voyage dans le grand nord.

Je l’ai même pêché à la mouche en mer à la pourvoirie Inukshuk; là où le plus grand pilote de brousse connu Johnny May, qui est un inuit habitant Kuujjuaq, y possédait sa résidence estivale. Ce dernier est une légende vivante de l’aviation et en 2021 il a franchi les 40 000 heures de vol. J’ai eu la chance d’être un de ses passagers à quelques reprises et je peux vous confirmer qu’il est un excellent pilote qui de surcroît est très sympathique. Lors de mon arrivée à ce site tous, incluant les guides, m’ont regardé avec stupéfaction car c’était une première de pêcher à la mouche en mer. J’avais utilisé une soie calante de 850 grains avec des streamers roses. Je suis revenu au sud avec mes 5 ombles chevaliers anadromes dont le poids oscillait aux environs des 7 kg chacun. Je dois dire que c’est parmi les meilleurs poissons à déguster et encore plus s’ils sont fumés à froid.

Lors d’un voyage de pêche à l’omble chevalier dans le grand nord, l’auteur a eu la chance de rencontrer  l’inuit Johnny May, le plus grand pilote de brousse connu.

Premières mesures de protection

En 2010 une équipe de travail gouvernementale a été mise en place et en 2013 un sous-comité faune a proposé des mesures de protection de l’omble chevalier oquassa à l’égard des activités d’aménagement forestier. Finalement c’est en 2018 que l’application des dispositions du règlement sur l’aménagement durable des forêts du domaine de l’état (RADF) interdit d’effectuer tous travaux relatifs aux ponts et ponceaux dans les 100 mètres en amont de l’occurrence de cette espèce ainsi que la mise en place de certaines balises et plusieurs autres mesures.

Désignation comme espèce
vulnérable en 2023

C’est en 2023 que l’omble chevalier oquassa a été officiellement désignée comme vulnérable. Il est donc important de pouvoir identifier cette espèce. En territoire structuré (parc, pourvoirie à droits exclusifs, réserve faunique et ZEC) vous vous devez de les peser séparément.

Dans les autres territoires, puisque cette espèce est désignée vulnérable, il est important de les signaler via le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec au ministère. En procédant ainsi vous aidez le ministère à avoir un portrait juste de la situation.

Instauration d’un quota en 2024

Suite à cette initiative de modifications réglementaires du gouvernement en 2024; la majorité du territoire où l’on retrouve l’omble chevalier oquassa est passée à une limite de 2 spécimens. Il faut savoir qu’il y a des exceptions; ainsi la limite est de 5 prises pour la Zec Matimek et la zone de pêche 19 sud partie A. En tant que pêcheur vous avez le devoir de vous tenir informé.

Conclusion

Lorsque je pense à l’omble chevalier oquassa, je la considère comme étant ce petit velours qui vous fait apprécier la pêche à sa juste valeur. Avec les années, j’ai appris à mieux connaître cette petite cachottière et j’ai surtout découvert quelques-unes de ses cachettes. Je ne sais trop pourquoi ou par quel procédé chimique j’ai une facilité déconcertante à oublier ces emplacements lorsqu’un pêcheur me fait la demande.

J’avoue être bien heureux de savoir que cette espèce a un statut qui a pour but de s’assurer de la protection de son habitat et des cheptels. Dès que vous en capturez je vous invite, en territoire structuré, à les peser séparément des ombles de fontaine et à en aviser le ministère pour l’ensemble des autres plans d’eau. Ce poisson mythique est une vraie richesse du Québec.

Meilleure pêche à vie de l’auteur (en quantité) avec une limite de 20 ombles à deux pêcheurs dont 18 oquassa. On voit clairement la différence entre les deux mouchetées en haut et les oquassa en dessous.

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