Monsieur Claude Vachon (à gauche), âgé de 81 ans, dont il est question dans l’article pose fièrement avec sa famille et son orignal récolté lors d’une séance d’appels avec l’auteur.
Maximiser une séance d’appels
La possibilité d’appeler et d’interagir avec un orignal explique sans doute pourquoi la chasse de ce gros gibier est si populaire. Personnellement, «caller» et faire venir un orignal à portée de tir m’apporte un lot d’émotions et une satisfaction sans égal. Dans cet article je vous explique comment je m’y prends pour maximiser l’efficacité de mes séances d’appels lorsque je suis seul ou lorsque je suis accompagné d’un chasseur.
Faire une séance d’appels seul
ENDROIT
Le facteur le plus important pour moi est de sélectionner les meilleurs endroits pour réaliser mes séances d’appels. Tout d’abord je commence dans les secteurs où je retrouve des indices frais de la présence des orignaux. Les traces, les souilles, les frottages les broutages frais ainsi que les vocalises d’originaux dans la forêt sont des indications qu’il vaut la peine de tenter une séance d’appels. De plus, c’est plus facile de patienter et de demeurer sur place quand nous sommes convaincus que des orignaux entendent nos appels. La présence des orignaux représente une motivation supplémentaire qui incite à la patience et qui par conséquent maximisera mes séances d’appels.
Depuis quelques années, les mâles qui sont accompagnés d’une ou plusieurs femelles répondent de moins en moins et ce, même s’ils nous entendent. Donc, s’en tenir seulement aux endroits où semble se tenir plusieurs orignaux ne garantit pas toujours le succès. Lorsque les endroits fréquentés ne me permettent pas de récolter un orignal avec mes appels, je n’hésite pas à m’adapter à la situation en optant pour effectuer des séances d’appels dans des endroits qui n’ont pas encore été chassés par mon groupe. Le but est d’augmenter mes chances de tomber sur un mâle à la recherche d’une femelle. Ça peut être un sommet de montage, un flanc de montage, un bûcher, etc. Personnellement, j’aime énormément les endroits où se rejoignent deux coulées car, cette jonction est souvent caractérisée par l’émergence de trois flancs de montagne. Donc, mes appels sont propulsés sur les trois flancs de montagne en même temps.
Selon l’auteur depuis quelques années, les mâles accompagnés d’une ou plusieurs femelles répondent moins bien aux appels des chasseurs.
Séquence d’appels
J’ai ma propre séquence d’appels. Je l’utilise depuis plusieurs années. Elle ne fonctionne pas toujours, mais elle m’a apporté beaucoup de succès. Donc, j’ai confiance en celle-ci. Cela ne veut pas dire que c’est la seule façon efficace de faire des appels. D’autres personnes peuvent également obtenir du succès en utilisant une autre séquence que la mienne et c’est tant mieux.
Pour ma part, je commence par des appels courts de femelle, pas trop forts. Je fais environ deux répétitions aux 6 à 7 minutes pendant 15 à 20 minutes pour vérifier s’il y a un gibier à proximité. Ensuite, je passe à des appels plus forts et plus longs d’une femelle en chaleurs. Je fais trois répétitions d’appels longs, mais de différentes longueurs, dans une direction. Puis, 7 à 8 minutes plus tard je procède encore avec une série d’appels semblables dans une autre direction. En fait, je fais des séries d’appels dans toutes les directions aux 7 à 8 minutes et je continue pendant 90 minutes. Au bout de 90 minutes, je fais environ 15 minutes de sons de mâles et de « rattling ». Puis, j’attends sur place en silence environ 30 minutes pour voir si un mâle silencieux mais curieux va se pointer le museau. Bien que ce soit toujours très valorisant d’avoir une réponse au premier appel lancé, je vous dirais que c’est dans ces situations que j’ai observé le moins de mâle faire l’approche finale. En fait, j’ai obtenu plus de succès à faire venir à portée de tir le mâle qui me répond après 1 h 15 d’appels que celui qui me répond après 30 secondes! Si je vous dis cela, c’est surtout pour vous encourager à persévérer, l’attente en vaut la peine et vos chances augmentent.
L’auteur effectue une série de 3 appels de femelles plaintifs et longs à toutes les 7 à 8 minutes pendant 90 minutes.
Notez que cette séquence d’appels est plus profitable pour attirer les mâles mais, elle m’a également permis d’attirer des femelles de temps à autres. Lorsque «j’accroche» un orignal réceptif et que le dialogue débute, je change mes longs appels de femelle pour des appels très courts et très plaintifs. Je maintiens le dialogue et je joue la séduction à plein régime. Le but est de maintenir l’intérêt du «buck» et l’inciter à venir voir de ses yeux cette femelle en chaleur.
Autres effets sonores
Il y a deux effets sonores que je préconise durant mes séances d’appels. Si c’est possible, j’aime imiter le bruit d’un orignal qui mange des feuilles. C’est l’un des meilleurs sons que je connaissance pour persuader que je suis un orignal (voir: Orignal: 3 sons essentiels à connaître). Puis, j’aime faire craquer des branches. Donc, je prends soin de m’installer à proximité d’arbres à feuilles et/ou d’un tas de branches sèches. Je crée des effets sonores avec parcimonie durant la séquence d’appels mais, je l’utilise davantage lorsque les réponses de l’orignal me confirme qu’il est en approche. La mise en scène devient alors plus réaliste et cela maximise mes chances qu’il veuille venir me voir.
Dans un mirador ou au sol
Je ne suis pas contre l’utilisation d’un mirador pour effectuer mes appels. Le mirador me permet de voir plus loin. Je considère cependant qu’il y a deux désavantages au mirador. Le premier c’est que si vous vous rendez quotidiennement au même mirador pour effectuer vos appels, cela augmente la pression de chasse dans le coin et réduit vos chances de faire venir un orignal réceptif à portée de tir. Le deuxième désavantage est le fait que le mirador nous oblige à rester fixe et donc ne permet pas de se déplacer au sol pour s’offrir des options supplémentaires alors que l’orignal approche. Exemple, si l’orignal s’arrête à 75 mètres et ne veut plus avancer, il est plus facile de le convaincre de faire les pas supplémentaires si on se déplace et qu’on marche comme un orignal. Bref, j’aime mieux être au sol lorsque j’effectue mes séances d’appel. D’ailleurs, j’installe souvent plusieurs petits bancs ou chaises pliantes dans des endroits stratégiques pour me permettre d’être immobile et confortable pour faire ma séquence d’appels.
L’auteur assis sur l’un des petits bancs qu’il dispose un peu partout sur le terrain de chasse pour effectuer des séances d’appels dans des endroits stratégiques.
Quand
Pour ma part j’ai réussi à faire venir davantage d’orignaux entre le 15 septembre et le 15 octobre. La période du rut est la plus propice pour reproduire le langage amoureux des orignaux. Toutefois, j’ai aussi réussi à attirer des orignaux jusqu’au début novembre. C’est clair que mon taux de succès est moins fréquent après le 15 octobre car, plusieurs orignaux tombent en mode récupération après le rut et avant l’arrivée de l’hiver. L’orignal est moins réceptif. Néanmoins, je n’hésite pas à faire des séances d’appels après le 15 octobre tout en étant conscient de deux choses: il est fréquent que cela me prenne davantage de séances d’appels pour réussir et habituellement l’orignal s’en vient sans répondre ou il répond très peu mais, très près de moi. Donc, c’est parfois difficile de savoir à l’avance qu’un orignal est en approche. Il faut être aux aguets et rester immobile entre nos appels ou nos reproductions d’effets sonores. La patience fera donc toute la différence si vous souhaitez maximiser vos séances d’appels après le rut.
Un peu comme pour les dates, le moment de la journée fait aussi une différence. Pour ma part, je mise davantage sur les deux premières heures de chasse le matin et sur la dernière heure et demie en fin de journée. Cela ne veut pas dire qu’il ne vaille pas la peine de faire des appels à d’autres moments. S’il y a un orignal réceptif dans le coin, il viendra peu importe l’heure de la journée. C’est seulement que personnellement, j’ai toujours eu plus d’action tôt le matin et tard le soir. Quand je dis tard, c’est fréquent que ça se passe dans la dernière demi-heure.
L’auteur pose devant un superbe mâle réceptif à une séance d’appels qui a duré près de 45 minutes.
Une technique que j’affectionne particulièrement, c’est de faire du «rattling» une trentaine de minutes avant le lever du jour. Cette technique très efficace me permet deux choses: de valider rapidement si un mâle est dans le coin et généralement le mâle réceptif s’arrête pour frotter ses cornes ici et là, ce qui laisse le temps à la lueur du jour d’arriver. J’aime moins utiliser les appels de femelle avant le début de la journée de chasse car cela m’est arrivé à quelques reprises que les mâles arrivent trop tôt et venaient trop près de moi avant l’heure légale de chasse. Ils ont donc compris le subterfuge et sont repartis avant qu’on puisse avoir le droit d’effectuer un tir. Bref, je débute ma séance d’appels de femelle en chaleur lorsque c’est l’heure légale de chasse.
Équipement
De mon côté, j’utilise seulement mes mains pour effectuer les vocalises de femelle. Je ne suis pas contre l’utilisation d’un cornet. C’est seulement que je suis capable de pousser mes vocalises de femelle assez fort, si c’est nécessaire. Toutefois, j’utilise un cornet pour imiter un rot de mâle parce qu’il amplifie mon imitation.
Je n’utilise pas d’appeaux électroniques mais, je n’ai rien contre. C’est seulement que je préfère emporter le moins possible d’objets sur moi. Cependant, je peux témoigner que les appeaux électroniques fonctionnent. Un ami guide, qui a de la difficulté à imiter une femelle en chaleur, m’a un jour demandé de lui indiquer quel serait le meilleur son de femelle à utiliser sur son appeau électronique. Je lui ai suggéré un appel long de femelle en oestrus et depuis, il a réussi à faire venir plusieurs mâles. Une autre fois, un client qui avait déjà chassé à Terre-Neuve avec un guide m’a demandé s’il pouvait utiliser son appeau électronique et son mégaphone. Le mégaphone est souvent utilisé à Terre-Neuve en raison de ses immenses vallées à travers les montagnes. Il faut faire venir l’orignal de très loin. Il m’a fait écouter le répertoire des appels enregistrés et nous avons convenu d’un long appel de femelle en oestrus. Toutefois, je le trouvais trop long. Je lui ai donc suggéré d’arrêter la reproduction de l’appel après 6-7 secondes. Le premier soir, j’entendais le mégaphone de mon client alors que j’étais situé à plus d’un kilomètre. J’ai été surpris de constater que ce soir-là, ainsi que le lendemain matin et lendemain soir, le chasseur avait utilisé son mégaphone dans trois endroits différents et avait obtenu des réponses de mâle à chaque fois.
Au niveau de mon équipement, j’utilise aussi de l’urine de mâle et de jument en chaleurs. Je préconise également l’utilisation d’un cache odeur d’épinettes. Je vaporise mes vêtements d’urine et de cache odeur. J’envoie aussi des effluves d’urine sur les arbres autour de moi. Comme je le répète souvent, pour obtenir une mise en scène parfaite il faut leurrer l’orignal par les oreilles en premier, par le nez en second et ensuite par les yeux. Ainsi, mes séances d’appels jumelées à l’utilisation d’odeur d’urine et d’un cache odeur augmentent mes chances de faire venir un orignal à portée de tir car il désire voir qui émet ces appels et répand cette odeur.
L’auteur aime bien utiliser de l’urine de mâle et de jument en chaleur. Il vaporise ses vêtements d’odeurs ainsi que la végétation environnante à l’endroit où il décide d’appeler.
Séance d’appels accompagnée
Voilà deux ans, j’ai eu le plaisir de guider un groupe que j’avais guidé plusieurs fois il y a quelques années, la famille Vachon de la Beauce. Nous avions eu énormément de plaisir et de fierté à récolter de très gros mâles. Cette fois-là, le groupe m’avait demandé de faire tirer un bel orignal au doyen du groupe âgé de 81 ans. C’est ainsi que j’ai planifié de faire une séance d’appels avec monsieur Vachon dans un bûché où j’avais dialogué avec trois mâles quelques jours plus tôt.
Dès les premières lueurs du jour, nous nous sommes dirigés furtivement vers le mirador qui offrait une vue sur l’immense bûché. J’ai grimpé l’échelle le premier pour vérifier s’il y avait des orignaux et j’aperçois un orignal au loin avec mes jumelles. Il s’agit d’un mâle. Ses oreilles et son regard sont totalement dans la direction opposée. Il n’a donc aucune idée de notre présence. J’invite monsieur Vachon à monter dans le mirador sans faire de bruit. Je pointe mon doigt en direction de la bête tout en mentionnant qu’il s’agit d’un « buck ». Mon télémètre m’indique qu’il est à plus de 400 mètres. Alors, je dis à monsieur Vachon: «Je vais caller et on va voir ce qu’il va faire». Dès mon premier appel de femelle, j’ai été surpris de voir le mâle tourner sur lui-même à 180 degrés et marcher dans notre direction dans le bûché. L’animal arrêtait de temps à autres mais se remettait à marcher dès que j’effectuais un appel de femelle court et plaintif. Rendu à 200 mètres environ, j’ai suggéré à monsieur Vachon de regarder dans son télescope pour examiner la grosseur de la bête. Il m’a dit : «Oh, c’est un beau buck, je vais le prendre». J’ai répondu: «Pas de problème on va le faire venir plus proche et je vais vous dire quand tirer». À environ 50 mètres, l’orignal s’est arrêté franc de côté. J’ai demandé à monsieur Vachon s’il voyait bien l’épaule du beau buck dans son télescope. Lorsqu’il m’a répondu par l’affirmative j’ai dit «c’est le bon moment, mettez-y une balle en plein milieu de l’épaule». Bang! Une fois que j’ai rapatrié tout le groupe, tout le monde était très heureux de la récolte du patriarche (voir photo en ouverture d’article)! J’espère moi aussi pouvoir chasser jusqu’à cet âge.
Dans cette belle histoire j’étais assis avec mon chasseur dans le mirador parce que l’orignal était déjà dans le bûché lorsque j’ai grimpé les marches. De plus, j’avais le sentiment que j’allais être plus utile en étant assis près de monsieur Vachon, pour lui prodiguer des conseils. Toutefois, d’après mon expérience, je trouve que j’ai généralement plus de succès à faire venir un orignal lorsque mon chasseur est dans le mirador et que je suis au sol. Voici comment je m’y prends.
Lorsqu’on s’installe pour une séance d’appels, mon chasseur et moi échangeons quelques consignes pour mettre en place notre stratégie. Tout d’abord, je lui montre les corridors de tir dont il dispose. Je lui indique aussi quelques repères pour la distance. Ensuite, je lui demande d’être immobile le plus possible et j’ajoute qu’au besoin c’est moi qui vais bouger ou me déplacer. Puis, nous convenons de quelques signes de la main que nous allons utiliser pour communiquer entre nous, exemples: le fait qu’on a entendu quelque chose, vu quelque chose, pour s’entendre de la provenance de la réponse, de la distance approximative, le fait que je vais m’éloigner, etc. Finalement, je m’installe pas très loin du chasseur, suffisamment près pour pouvoir échanger nos signes de la main et qu’on puisse se voir.
J’effectue la même séquence d’appels de femelle que j’ai décortiquée un peu plus tôt dans l’article. Si un mâle répond et s’en vient je m’éloigne tranquillement de mon chasseur. Je fais des appels très courts et très plaintifs pour maintenir le contact. Le but de mon déplacement est d’attirer l’orignal vers moi tout en m’assurant de me positionner pour que l’orignal passe dans les corridors de tir et près du chasseur. Si l’orignal s’arrête hors de portée de tir et ne veut plus avancer, je peux me déplacer comme un orignal pour l’inciter à recommencer son approche. J’utilise différents effets sonores pour le persuader que je suis un orignal comme manger des feuilles ou casser des branches. De plus, au besoin, je reproduis l’effet sonore de la confection d’une souille. Cet effet sonore s’est souvent avéré très persuasif pour encourager l’orignal à continuer son approche et pour que le tireur puisse tirer de son mirador (voir vidéo ci-dessous).
À noter que l’endroit sélectionné ne permet pas toujours d’utiliser un mirador pour installer le tireur embusqué. Toutefois, le tireur peut très bien être au sol, à condition qu’il bouge le moins possible. Le succès de cette technique d’appels à deux dépend donc du réalisme de la mise en scène et aussi de l’immobilité du chasseur embusqué. Bref, j’utilise toutes les mêmes méthodes que lors d’une séance d’appels seul et je l’adapte en positionnant un tireur embusqué. La séance d’appels à deux personnes me permet donc de maximiser mes chances.
Conclusion
Avec l’arrivée des appeaux électroniques et l’émergence des films et émissions de chasse, de plus en plus de chasseurs effectuent des séances d’appels. Cependant, le fait de «caller» l’orignal ne garantit pas le succès. Un chasseur qui souhaite augmenter la probabilité de faire venir un orignal pour effectuer un tir mortel misera sur une durée minimale pour effectuer sa séance d’appels, sur la sélection de différents endroits et heures propices, sur un équipement judicieux, sur une variété de types d’appels ainsi que sur la reproduction diversifiée d’effets sonores. Bien que ce ne soit pas essentiel, la technique de l’embuscade lors de la séance d’appels augmente les chances de l’équipe. Néanmoins, une personne seule peut également utiliser plusieurs trucs pour maximiser ses séances d’appels et vivre une expérience mémorable!



