CHEVREUIL ANTICOSTI​

Par Maxime Dubé

Vite
à l'abri!

Lors des journées de vent intense, on peut exploiter des secteurs à l’abri du vent mais à l’occasion à l’extérieur des sentiers battus. On doit alors y mettre un peu plus d’effort pour sortir son gibier.

Vous avez reçu les notifications d’alerte, et les messages circulent abondamment sur les sites météorologiques. Maintenant que vous êtes devant l’évidence, vous devrez faire face à cette tempête qui arrivera sous peu. Quelles sont les options qui s’offrent à vous pour connaître le succès dans ces circonstances particulières?

Au cours des dernières années, il nous est arrivé à quelques occasions de subir les frasques des queues d’ouragans longeant la côte atlantique. Nous avons connu les ouragans Larry en 2021 et Fiona en 2022, qui ont été assez marquants pour les chasseurs sur le terrain. Ces épisodes amènent régulièrement des vents plutôt intenses ainsi qu’une forte quantité de pluie en peu de temps.

Vidéo captée au camp Ruisseau de la Chute lors de la tempête Fiona en 2022.

Quelles sont alors les stratégies à adopter pour trouver le gibier sur le terrain plutôt que de rester au camp à pester contre la météo? Les approches à privilégier devront être choisies en fonction des zones où les chevreuils se sentiront à l’aise malgré les mauvaises conditions. Quand on doit faire face aux éléments toute l’année, on trouve les endroits qui procurent un peu de confort et surtout de la sécurité !

De manière instinctive, les chevreuils chercheront à utiliser autant que possible leurs trois sens, qui régulent à tout moment leurs réactions face aux situations. Afin d’assurer leur survie, l’odorat, la vue et l’ouïe sont leurs garanties. Lorsque les éléments se déchaînent, certaines zones leurs offrent des conditions plus propices à l’utilisation de ces sens.

Les caractéristiques que rechercheront les chevreuils pendant un mauvais temps intense sont: des zones avec un vent constant, des endroits à l’abri du vent dominant et une végétation qui ne produit pas de mouvements excessifs ou de sons suspects. Si vous êtes en mesure de repérer ces lieux de «calme» durant ces journées particulières, vous trouverez où les chevreuils se sont réfugiés.

Lors de vent intense, on choisit le côté protégé du sens du vent afin de retrouver une zone plus calme que les chevreuils préféreront.  Sur l’exemple, on choisit alors le côté B de la zone boisée.

En temps normal, les chevreuils fréquentent régulièrement des forêts matures, composées d’épinettes et de sapins d’une hauteur variant de 12 à 17 mètres. En période d’ouragan, ces arbres sont les plus touchés par les rafales: les risques de cassure de tronc, de déracinement et de bris de branches y sont élevés. Ces lieux seront donc désertés par les chevreuils. En revanche, les zones boisées plus basses — entre 7 et 12 mètres — présentent un couvert plus uniforme, moins troué, ce qui réduit les bourrasques. Les arbres y sont moins susceptibles d’être endommagés, et les bruits inquiétants s’y font plus rares.

Le vacarme généré par les grandes forêts matures provoque un stress important chez les chevreuils — on ne peut leur en vouloir de préférer des endroits plus calmes quand les vents se déchaînent !

Mais faut-il s’arrêter à ce constat ? Bien sûr que non, l’analyse est beaucoup plus complexe. Imaginez une forêt comme une rivière, avec des zones de courants rapides, des contre-courants et des déviations.

Deux emplacements où un même vent  intense réagit différemment.  En A, la zone dégagée au sud permet le passage du vent alors qu’en B, le vent sera tourbillonnant et pourra amener votre odeur au-devant de vous. Lors des périodes de vents intenses, un vent perpendiculaire à votre direction de marche sera préférable plutôt qu’un vent de face afin d’éviter les cas de vents tourbillonnants.

Exemple d’un type de bordure qui crée des changements de direction du vent lorsque celui-ci est intense.

Prenons l’exemple d’une forêt entourée de plaines. La bordure exposée au vent sera beaucoup plus affectée que celle protégée de l’autre côté. Le choix du bon site devient alors plus évident pour localiser les chevreuils.

Autre point d’intérêt : la topographie. Les zones en contrebas offrent une protection naturelle contre les rafales. Toutefois, le vent peut y changer de direction selon les reliefs. Gardez toujours en tête l’analogie de la rivière : comprendre la dynamique du vent devient alors plus simple.

Comme dans une rivière, le vent peut changer de direction selon les obstacles. Dans le haut d’une pente le vent pourra garder sa direction (A), le vent pourra être dévié lorsqu’il rencontrera un mur opaque d’une forêt mature (B) et enfin dans le bas d’une pente il y aura un vent tourbillonnant en sens inverse (C).

Pour repérer les meilleurs endroits, je me réfère souvent au site gouvernemental Forêt Ouverte. Avec la carte Lidar, vous pouvez activer l’option de «classe de pente polygonale» qui colore les pentes selon leur inclinaison. Cela permet d’identifier rapidement les zones protégées du vent. Il suffit de zoomer ou dézoomer pour passer de l’imagerie aérienne aux pentes. L’ajout de l’hydrographie surfacique aide aussi à repérer le sens de la pente, en observant les ruisseaux intermittents en amont.

Les cartes Avenza montrent bien les courbes de niveau, mais certaines subtilités échappent à l’œil. Grâce à Forêt Ouverte, vous pouvez repérer ces zones qui offriront une expérience de chasse inédite, malgré une météo difficile.

Cliquez sur l’onglet du LiDAR dans les cartes prédéfinies du site Forêt Ouverte.

Ouvrir l’option classe de pente polygonale afin d’obtenir les pentes par couleur sur la carte.

Image obtenue avec cette option. Cela permet de choisir les bas de pentes qui seront perpendiculaires au sens du vent.

Autre réalité à prendre en compte: le niveau des cours d’eau grimpe rapidement lors d’un ouragan, créant des barrières naturelles pour les chevreuils… et pour les chasseurs. Il faut anticiper ces débordements pour éviter de devoir rebrousser chemin. Cela dit, ces mêmes débordements créent des entonnoirs naturels. Les chevreuils se retrouvent alors confinés dans certaines cellules forestières, particulièrement le long des grands cours d’eau. Ces zones deviennent de véritables havres pour les jours suivants la tempête.

Lorsque les niveaux d’eau sont gonflés, cela devient une barrière physique qui concentre les chevreuils dans les zones forestières inéquiennes avoisinantes.

En somme, les conditions météorologiques extrêmes n’empêchent pas nécessairement de chasser. Le chasseur bien préparé pourra repérer, avec un peu d’analyse, les zones où se réfugieront les chevreuils.

À vous de faire partie des chasseurs «chanceux» qui déjoueront un mâle mature lors de la prochaine tempête du siècle!

Vidéo du 18 novembre 2024. Malgré un vent de plus de 50 km/h, l’auteur a pu voir 6 bucks matures cette journée là en exploitant les ouvertures du coté protégé du vent. Ils ont tous été graciés car ils ne répondaient pas aux standards des chasseurs guidés par l’auteur pour 2024. En voici un des 6.

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